Marseille et Aix-en-Provence
Édito
Faire futur
Faire futur
Célébrer les 20 ans de Parallèle, projet précurseur en termes de soutien à l’émergence artistique. Ouvrir de nouveaux horizons d’expérimentations artistiques portés par une éthique coopérative et des questions sociétales.
Échafauder depuis la Friche la Belle de Mai, lieu de notre implantation, des modes de rencontre entre les artistes que nous accompagnons, les publics et habitant·e·s. Pour cela, privilégier le temps long et l’épaisseur de l’expérience.
C’est le programme que nous nous donnons pour 2026 et auquel nous vous convions, un programme riche et engageant qu’inaugure le Festival Parallèle.
Celui-ci est pensé comme une conversation :
— Conversation avec le trio de curatrices-programmatrices Flora Fettah, Assia Ugobor, Lamia Zanna, constitué dans le cadre du programme Futures directions et associé à la programmation du Festival Parallèle 16 ;
— Conversation avec les artistes invité·e·s dont nombre des projets rendent compte d’intimités habitées par d’autres présences, fictionnent des généalogies ou des futurs comme autant de gestes de composition et de réparation ;
— Conversation avec les partenaires à Marseille et au-delà, nombreux·se·s encore cette année à nous renouveler leur confiance et partager leur puissance d’agir ;
— Conversations avec les publics et les professionnel·le·s accueilli·e·s au QG du festival, nouvel espace de rencontre et de convivialité inauguré, pour cette édition, à La compagnie, lieu de création. Un QG pour s’y poser et échanger autour des spectacles, participer à un atelier-lecture ou à une table ronde.
Le Festival Parallèle 16 est aussi un temps de confluence et de visibilité des trois programmes composant le Cycle de professionnalisation pour une durabilité du secteur culturel initié à l’automne 2024.
Outre le travail mené par le trio de Futures directions, sont partagées les œuvres exposées ou créées pour l’occasion par les artistes invité·e·s dans le cadre de La Relève 8 et les performances ou étapes de création proposées par les artistes lauréat·e·s du programme Jeunes chorégraphes du Sud.
Dans les salles, les ateliers, les lieux d’exposition, autour d’une table, le temps d'une fête, nous avons hâte de partager avec vous l’élan, la joie mais aussi les nécessités à dire, les sensibilités singulières qui irriguent la programmation du Festival et au-delà, le projet de Parallèle.
Bienvenu·e·s
— Anne Kerzerho, directrice générale de Parallèle
What the world needs now
Cette seizième édition de Parallèle apparaît comme un seuil — celui des premières fois, celui d’un collectif encore jeune qui souffle à peine sa première bougie, et celui de What the world needs now un format qui trouve une seconde peau, après une première à la Maison des Métallos (Paris) à l’automne 2025.
Ce titre emprunté à la chanteuse Dionne Warwick parle tout autant de désir que d’urgence et nous accompagne comme une ligne de basse discrète. Des contextes différents, mais une urgence constante : celle qui naît de la conscience de vivre un moment de basculement où chaque geste interroge nos responsabilités, nos ancrages, nos alliances. Partout, les fascismes néolibéraux gagnent du terrain et s’organisent pour affaiblir les voix et les corps dissidents. Face à cette marée brune, que peut la création artistique ? Que peut un festival de performance ?
Sans doute rien de spectaculaire. Mais, peut-être, simplement, se faire l’écho de cette réalité et contribuer à la construction d’un récit polyphonique commun. Ainsi, la programmation, dessinée à trois et en discussion avec l’équipe de Parallèle, tente d’esquiver un héritage monolithique pour s’aventurer dans ses zones grises, ses dettes silencieuses, ses mémoires silenciées et ses oublis organisés. Ce geste — fragile, collectif, sensible — n’est pas une fin en soi mais bien une tentative.
Deux semaines durant et à travers la métropole Aix-Marseille, chaque lieu qui nous accueille concourt à créer un espace-temps à habiter ensemble. À ces invitations qui nous sont faites, s’ajoutent celles adressées conjointement aux artistes. Par leurs gestes, leurs voix et leurs présences, iels nous transmettent leurs outils — à nous de les saisir. Leurs pratiques, en effet, contestent des évidences, déboutent les récits dominants, s’écrivent à partir des marges, et réaffirment la présence de corps dont le droit de cité ne cesse d’être menacé.
Car c’est bien de transmission dont il s’agit ici : entre nous, avec iels, et avec vous. Pas de thème souverain, donc, mais une constellation de mouvements et de récits, pour penser ensemble ce qui nous traverse comme ce qui nous dépasse. Rassemblé·xes nous formons une cartographie de pratiques indisciplinées qui évitent les évidences, déplacent les représentations : là, on (ré)apprend collectivement pour créer des récits chorales ; ici, rites et mythes sont retravaillés presque artisanalement ; ailleurs, des présences étouffées retrouvent leur puissance propre. Dans l’impossibilité de s’extraire du monde, nous nous y immisçons autrement : en regardant de biais, en nommant ce qui pèse et en laissant enfin derrière nous ce qui est moribond pour inventer ensemble ce qui nous manque encore.
Bienvenu·es !
— Assia Ugobor, Flora Fettah et Lamia Zanna
Parallèle 16 a été pensé par Flora Fettah, Assia Ugobor, Lamia Zanna, en collaboration avec la direction et les équipes de Parallèle, dans le cadre du Cycle de professionnalisation pour une durabilité du secteur culturel porté par Parallèle.